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HACCP & hygiène

Températures de conservation : le mémo hygiène

Quelle température pour un frigo, un congélateur, un plat cuisiné ? Les seuils fixés par l'arrêté du 21 décembre 2009, et le vrai point de vigilance que beaucoup négligent.

Publié le 2 août 2026 · 8 min de lecture

Ce que fixe la réglementation

Le cadre général vient du droit européen : le règlement (CE) 853/2004 impose des règles d'hygiène spécifiques aux denrées d'origine animale, dont la maîtrise de la température fait partie. En France, c'est l'arrêté du 21 décembre 2009 relatif aux règles sanitaires applicables au commerce de détail, à l'entreposage et au transport de produits d'origine animale qui décline ce cadre en seuils chiffrés, catégorie de denrée par catégorie de denrée.

Point important à comprendre avant de lire le tableau ci-dessous : ces seuils ne sont pas tous identiques. Une viande hachée n'a pas la même tolérance qu'un morceau de bœuf entier, et un produit laitier transformé peut relever d'une logique différente. Pour de nombreuses denrées préemballées par leur fabricant (charcuterie tranchée, crèmerie, plats industriels), c'est l'étiquette du fabricant qui fixe la température de conservation, sous sa responsabilité — pas un chiffre unique gravé dans la loi. En cas de doute sur un produit précis, l'étiquette prime sur toute règle générale.

Ces relevés de température ne sont pas une fin en soi : ils alimentent votre registre HACCP, le dossier complet que vous devez pouvoir présenter en cas de contrôle.

Le tableau des températures réglementaires

Froid positif (réfrigération)

DenréeTempérature maximaleTexte de référence
Viande hachée et préparations de viande+2°CArrêté du 21 décembre 2009
Abats+3°CArrêté du 21 décembre 2009
Viandes de boucherie (morceaux), volailles, lapins, gibier+4°CArrêté du 21 décembre 2009
Poissons frais, produits de la pêche non transformésEntre 0°C et +2°C (glace fondante)Arrêté du 21 décembre 2009
Ovoproduits+4°CArrêté du 21 décembre 2009
Lait cru+4°CArrêté du 21 décembre 2009
Plats cuisinés à l'avance (traiteur, restauration)+3°CArrêté du 21 décembre 2009
Autres denrées préemballées (crèmerie, charcuterie transformée…)Température fixée par le fabricant, sous sa responsabilitéÉtiquetage du fabricant (cadre 853/2004)

Froid négatif (congélation)

DenréeTempérature de référenceTexte de référence
Denrées surgelées ou congelées (référence générale)-18°CArrêté du 21 décembre 2009
Certaines viandes congelées, ovoproduits congelés-12°CArrêté du 21 décembre 2009

Retenir sept ou huit seuils différents, savoir lequel s'applique à quelle enceinte, et prouver que chacun est surveillé au quotidien : c'est là que la charge mentale s'accumule, bien plus que dans la réglementation elle-même.

Le point contre-intuitif : le vrai danger n'est pas dans le frigo

La plupart des professionnels concentrent leur vigilance sur les enceintes froides. C'est logique, mais incomplet : le moment où une denrée est le plus exposée n'est ni le stockage au froid, ni le service, mais la transition entre les deux — en particulier le refroidissement après cuisson.

L'arrêté du 21 décembre 2009 impose qu'un plat cuisiné soit refroidi de +63°C à +10°C en moins de deux heures. Ce n'est pas un détail technique : entre 10°C et 63°C se situe la zone de danger, celle où les bactéries se multiplient le plus rapidement. Un produit qui stagne trop longtemps dans cette plage — même s'il finit correctement stocké à +3°C ensuite — a déjà pu développer un risque que le froid, une fois atteint, ne fait qu'arrêter sans l'annuler.

Deux règles découlent de cette même logique et sont trop souvent ignorées :

  • La décongélation à température ambiante est interdite. Un produit doit décongeler au froid positif (réfrigérateur) ou dans un dispositif dédié — jamais sur un plan de travail à température de la pièce.
  • Un produit décongelé ne doit jamais être recongelé, même s'il semble encore froid en apparence.

À l'inverse, en liaison chaude, un plat maintenu en attente de service ne doit jamais descendre sous +63°C — c'est le même principe qui s'applique, dans l'autre sens : rester en dehors de la zone de danger, tout le temps que dure la préparation à la remise au client.

Que faire en cas de dérive

Un dépassement ponctuel n'est pas automatiquement une catastrophe, mais il doit être géré et tracé, jamais ignoré.

  1. Identifiez la cause : porte mal fermée, panne de l'appareil, enceinte surchargée qui empêche l'air froid de circuler.
  2. Isolez les produits concernés et évaluez, selon l'ampleur et la durée du dépassement, s'ils restent consommables.
  3. Consignez la décision dans votre registre — produit conservé, écarté ou jeté, et pourquoi.

Pour le déroulé complet d'un contrôle et ce que vérifie concrètement l'inspecteur, voir notre guide dédié au contrôle DDPP.

Combien de temps conserver ces relevés ?

Il n'existe pas de durée unique fixée par un texte pour tous les enregistrements de température. La logique retenue par les guides de bonnes pratiques d'hygiène est de conserver ces relevés suffisamment longtemps pour couvrir la durée de vie de vos produits et un éventuel contrôle a posteriori — plutôt qu'un nombre de jours ou de mois figé dans la loi. En cas de doute, référez-vous au guide de bonnes pratiques de votre secteur d'activité plutôt qu'à un chiffre entendu sans source précise.

Ce que doit garantir un registre dématérialisé pour valoir mieux qu'un cahier — horodatage réel, auteur identifié, corrections visibles comme telles — fait l'objet d'un guide dédié. Cette conservation dans la durée est en effet l'un des points où le papier montre ses limites — et l'une des choses à vérifier avant de retenir une application HACCP, au même titre que la récupération de vos données le jour où vous partez.

Traiteur : une vigilance renforcée

Si vous exercez une activité de traiteur événementiel, chaque seuil de ce mémo s'applique — mais sur un circuit plus long et plus fragmenté : refroidissement rapide après production, maintien en liaison froide ou chaude pendant le transport, remise en température sur le lieu de l'événement. Chaque rupture de cette chaîne est un point à documenter séparément, avec le même formalisme que pour votre cuisine fixe.

Le même raisonnement s'applique en food truck, où le froid dépend d'un groupe électrogène qui peut s'arrêter, et en snacking, où la vitrine chaude appelle un relevé distinct de celui de la vitrine froide.

Votre checklist température

  1. Identifiez le seuil applicable à chaque enceinte selon les produits qu'elle contient.
  2. Relevez vos températures à la fréquence que vous avez définie, en cohérence avec le risque de chaque enceinte.
  3. Surveillez les transitions : refroidissement après cuisson (+63°C à +10°C en moins de deux heures), maintien en liaison chaude (+63°C minimum).
  4. Ne décongelez jamais à température ambiante, et ne recongelez jamais un produit décongelé.
  5. Tracez toute dérive : cause identifiée, produits isolés, décision prise.
  6. Conservez vos relevés assez longtemps pour couvrir la durée de vie de vos produits et un contrôle a posteriori.

Sources officielles

Questions fréquentes

Quelle est la température réglementaire d'un réfrigérateur professionnel ?

Elle dépend du produit stocké. L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe des seuils différents selon la denrée : +2°C maximum pour la viande hachée, +3°C pour les abats, +4°C pour les viandes de boucherie et les volailles, entre 0°C et +2°C pour les poissons frais. Un même réfrigérateur qui mélange plusieurs catégories doit respecter le seuil le plus bas des produits qu'il contient.

Quelle température pour un congélateur professionnel ?

-18°C est la référence pour la majorité des denrées surgelées ou congelées, conformément à l'arrêté du 21 décembre 2009. Certaines catégories, comme les ovoproduits ou certaines viandes congelées, tolèrent -12°C : en cas de doute sur un produit précis, mieux vaut viser -18°C, qui couvre la quasi-totalité des cas.

Faut-il relever la température de ses frigos plusieurs fois par jour ?

La réglementation n'impose pas un nombre de relevés par jour : c'est vous, l'exploitant, qui définissez la fréquence de vos autocontrôles en fonction de votre activité et du risque associé à chaque enceinte. Ce qui compte en contrôle, c'est la régularité et la cohérence de ces relevés dans la durée, pas un chiffre imposé.

Que faire si un relevé dépasse le seuil autorisé ?

Il faut d'abord identifier la cause (porte mal fermée, panne, surcharge de l'enceinte), isoler les produits concernés et évaluer s'ils restent consommables selon la durée et l'ampleur du dépassement. Cette analyse et la décision prise doivent être tracées dans votre registre : c'est cette gestion de la non-conformité, bien plus que l'incident lui-même, qui est examinée en contrôle.

Quelle température pour maintenir un plat cuisiné au chaud ?

Le seuil de maintien en liaison chaude est de +63°C minimum, selon l'arrêté du 21 décembre 2009. En dessous, la denrée entre dans la zone de température où les bactéries se développent le plus vite, ce qui explique pourquoi ce seuil est aussi surveillé que ceux du froid.